MY NAME IS WOMAN – CHAPITRE 1 – ALEKSANDRA NOWICKA

La première femme invitée au projet MY NAME IS WOMAN est l’actrice Aleksandra Nowicka.

Le mot de Maga :
« J’ai rencontré Ola [Ola est le définitif de Aleksandra – n.d.t.] lors du casting du spectacle 19 Minutes, dont j’étais metteur en scène. Elle y interprétait le rôle d’une des mères d’adolescents meurtriers. Elle était tout simplement captivante : chaleureuse tout en étant distante, talentueuse et sage, féminine et mature. Le sentiment de protection qu’elle dégage – sur le plan personnel autant que professionnel – apporte une stabilité et une tranquillité qui me sont primordiales dans la création d’un spectacle.
Dans l’intimité, elle est affectueuse et pudique, avec des valeurs issues d’une éducation de traditions et de règles, chose devenue rare.
Ola est une préférées de la nouvelle génération de comédiennes polonaises – il y a des chances pour que nous la recroisions à l’avenir. En attendant, gardons les doigts croisés pour son avenir et sa carrière. »

A quand remonte la première fois où vous vous êtes dit que vous vouliez être actrice ?

Aleksandra  Nowicka : Je ne me souviens pas exactement, mais il me semble que j’étais très jeune. Mon père est artiste plasticien, ma mère est actrice, donc j’ai naturellement été influencée par ma famille. Ma mère m’emmenait à ses répétitions de théâtre, j’ai toujours grandi dans ce milieux. Cela m’a permis aussi de voir le métier d’une façon plus sombre, de le comprendre rapidement. J’ai toujours été loin d’idéaliser la profession. Depuis le début, j’avais une fibre artistique : je jouais de la guitare, je faisais de la photo – j’ai même fait quelques expositions. Mes parents m’ont toujours soutenu, ils n’ont jamais remis mes choix en question. Dans un premier temps j’étais focalisé sur le théâtre, puis j’ai rencontré le cinéma qui m’a fasciné, et ce que je souhaite faire aujourd’hui. Je joue depuis la fin de mes études de cinéma, il y a maintenant 4 ans. Mon premier grand rôle a été dans 19 Minutes, et j’attends maintenant le suivant … Je ne parle pas d’attente passive, mais bien d’une recherche constante, de discussion, de casting ; il est important d’avoir d’une expérience riche. Pour la plupart des metteurs en scène, si tu n’as jamais joué, tu ne joueras pas. Ca peut vite devenir un cercle vicieux. En tant qu’acteur, on est aussi d’une certaine façon une marque, qu’il faut être capable de vendre. Alors on passe des coups de téléphone, on rappelle qu’on existe. Même si ce n’est pas la partie la plus agréable du travail, ça fait partie des obligations.

 

« Conscientes, expérimentées, mais plus personne ne leur propose de rôle, ce qui est paradoxal vis-a-vis de leurs qualités d’actrices. »

 

Au final, ce n’est pas un métier facile que vous choisis, spécialement pour les femmes. A partir d’un certain âge, on parle souvent de bataille désespérée pour obtenir des rôles. Les actrices qui ont une quarantaine d’années en souffrent, et il semble que ce soit encore plus difficile arrivées à 50 ou 60 ans …

Aleksandra  Nowicka : Les seuls rôles qu’on propose à ces femmes sont ceux de grand-mères. C’est terrible, parce que c’est réducteur pour des femmes dans la force de l’âge. Conscientes, expérimentées, mais plus personne ne leur propose de rôle, ce qui est paradoxal vis-a-vis de leurs qualités d’actrices.

Ca ne s’applique pas qu’aux actrices. Beaucoup de femmes connaissent ces moments douloureux, au-delà de leur profession.

Aleksandra  Nowicka : Les choses de la vie se sont décalées dans le temps. Nous fondons des familles plus tard que nos mères ou nos grand-mères. On nous demande aussi de rester actives plus longtemps, ce qui signifie que nous devrions travailler plus longtemps, mais le marché de l’emploi ne correspond pas à cette situation. C’est à la fois assez bizarre et injuste.


Qu’aimes-tu faire sur ton temps libre, lorsque tu veux faire une pause, te couper de Varsovie et de ton travail ?

Aleksandra  Nowicka : 
J’adore voyager ! Aussi loin que je le puisse, j’aime découvrir différentes partie du globe. L’Afrique me fait rêver, mais pas dans ses zones les plus touristiques : le Congo, l’ex-Zaïre …Ce sont des voyages qui se préparent, dans lesquels je me ne se lance pas toute seule. Le plus loin où j’ai eu l’occasion d’aller reste la Thaïlande pour le moment. C’est dépaysant : j’y ai vu un sens de l’accueil, de l’entraide, une certaine empathie. C’est source de surprise et d’enchantement. Sans oublier la cuisine, qui m’a captivée et m’a amenée à cuisiner bien plus en rentrant.

Seuls les voyages lointains t’intéressent ?

Aleksandra  Nowicka : Non, j’aime aussi me reposer en Pologne. Spécialement dans la maison de vacances familiale. J’en parlais récemment avec mon père, qui n’a pas attendu une seconde dès que les beaux jours sont arrivés : il a préparé ses affaires et est parti au bord du lac voisin. La maison se situe dans la région du Lac Brodnica, particulièrement verte et déserte (au Nord du Pays, n.d.t.). C’est comme un village : tout le monde se connait. Une tente, une caravane, et le lac, quelques mètres plus loins. Le silence, le calme, une relaxation profonde et une remise à zéro. Ce sont les meilleures vacances qui soient.

 

« Etre honnêtes entre nous, se sentir protégées en compagnie des autres, se faire confiance, je crois que c’est là que se repose la base de notre relation. »

 

Pour en revenir à ton métier, le stéréotype veut qu’il soit difficile de se faire des amis dans l’environnement des actrices à cause de la compétition. A quoi cela ressemble-t-il ?


Aleksandra  Nowicka : 
J’accorde de l’importance aux gens en qui je peux avoir confiance, qui ne cherchent pas à m’utiliser, qui ne me déçoivent pas. Je pensais que des relations importantes se noueraient à l’école de cinéma, mais aucun groupe ne s’est formé. Même si nous passions beaucoup de temps ensemble, que nous travaillions ensemble, que nous connaissions de mieux en mieux. Malgré cela, ça ne m’a pas permis de créer de réelle amitié. C’est seulement après mes études que j’ai rencontré des gens avec qui j’ai une relation durable. Ils m’ont appris différentes choses, nous puisons de l’énergie des uns et des autres, dans un sens positif.
Après, je ne dirais pas que j’ai beaucoup d’amies, mais que je suis entouré d’une tribu de femmes qui me sont proches. Nous nous rapprochons, nous aidons les unes les autres. Je suis très complice avec deux d’entre elles, que je connais depuis des années : nous nous soutenons, partons en vacances ensemble, etc … Etre honnêtes entre nous, se sentir protégées en compagnie des autres, se faire confiance, je crois que c’est là que se repose la base de notre relation.

 

« Il existe une certaine force dans la féminité. Malheureusement, ce potentiel est souvent limité par une auto-coercition apprise à la maison, durant l’enfance. »

 

En quoi les femmes différent-elles des hommes ?

Aleksandra  Nowicka : Je ne m’intéresse pas forcément au genre des gens, mais bien plus à savoir s’ils sont sensibles ou insensibles. Je connais des femmes froides et cassantes, et des hommes sensibles et délicats. Nous avons tous des hauts et des bas, des sautes d’humeur et un comportement plus ou moins variable.
Je pense qu’il existe une certaine force dans la féminité. Malheureusement, ce potentiel est souvent limité par une certaine auto-coercition apprise à la maison, durant l’enfance. Je n’ai pas connu ces limites, je n’ai jamais eu de problème pour m’exprimer et me faire entendre, mes parents ayant toujours accepté mes choix. Si je veux quelque chose, je travaille pour cela afin d’arriver à mon objectif. Une certain nombre de femmes grandissent avec la croyance qu’elles valent moins, que leur sexe les contraigne. Elles ont peut d’affirmer leurs croyances, leurs désirs. On leur apprend dès l’avance qu’il faut se tenir droite, calmement. La situation est différente pour les hommes : leur éducation est telle qu’elle leur permet de faire comme bon leur semble.

D’où l’importance d’une certaine sagesse dans l’éducation, d’élever une fille afin qu’elle devienne une femme assurée ?

Aleksandra  Nowicka : Complètement. Ca demande un peu de sagesse et de sensibilité. Je vois beaucoup de parents qui élèvent leur enfants en tâtonnant – ce qui me paraît normal – mais qui au lieu de se faire confiance se sentent obligés de reproduire ce que leurs voisins font. Je pense que l’éducation des filles devraient être repensées. Ce n’est pas une fois adulte qu’on apprend à marcher.

Propos recueillis par Ewa Rogala

 

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