MY NAME IS WOMAN – CHAPITRE 2 – AGATA WEYTKO

La deuxième femme invitée au projet MY NAME IS WOMAN est la directrice de l’école Waldorf-Steiner de Bielsko-Biała Agata Weytko.

Le mot de Maga :
Je me suis toujours demandée comment revenir sur une amitié vieille d’une quinzaine d’années.
Quinze ans d’énergie féminine, d’attachements, de hauts et de bas, d’amour, de désaccords, qui font que nous sommes toujours ensemble. Deux femmes qui ont grandi au cours de ces quinze années. Nous avons été témoins de nos transformations ; nous nous sommes accompagnées quand nos enfants sont nés, quand nos amours se sont rompus, quand la force nous a quitté, mais aussi quand nos rêves sont devenus réalité.
Il est difficile de résumer quinze ans passés côte-à-côte en quelques phrases, mais je pense qu’un mot peut décrire qui est Agata vis-a-vis de moi : mon gouvernail.

Comment est-ce que tu te décrirais ?

Je suis une personne assez sauvage, qui suit ses émotions – même si j’ai de plus en plus de contrôle sur elles. Je fais très vite confiance aux gens, je ressens l’envie de les aider dès que je vois qu’ils en ont besoin. Je suis quelqu’un de sanguin : il y existe toujours des milliers de choses intéressantes à faire et j’aime m’y plonger avec curiosité, même si je sais rarement par où commencer.
J’ai longtemps travaillé sur moi-même. J’avais quatorze ans quand j’ai décidé de faire quelque chose de bien pour ce monde. A l’époque, je suis devenue végétarienne par souci pour la douleur animale. Ce n’était pas une décision facile, parce que je mangeais de la viande (et que j’aimais ça), comme c’est la tradition dans ma famille. Mes enfants sont végétariens depuis des années, et je cherchais de fait une école qui puisse les accueillir sous cette condition. C’est comme ça que j’ai poussé la porte de Steiner-Waldorf, recommandée par des amis. C’était il y a neuf ans.

 

« Tout le monde est différent et a besoin d’une approche individuelle. Je vois de la bonté dans l’homme. »

 

Tu es désormais enseignante et directrice de l’école Waldorf de Bielsko-Biała. Il n’y a ni manuel, ni cloche, et les cours sont organisés en petits groupes. Qu’est-ce qui distingue plus profondément cette école d’une institution d’éducation traditionnelle ?

Nous n’avons pas de système de notation, mais les leçons sont faites pour que les enfants s’y intéressent sans se battre. Il n’y pas de compétition, mais une liberté de choix. L’enseignant conduit les élèves du début à la fin, devient un mentor pour l’élève, un gardien, presque un membre de la famille. Tout le monde est différent et a besoin d’une approche individuelle. Je vois de la bonté dans l’homme. Même si un élève pense qu’il est sans espoir, qu’il ne trouve pas sa place, j’essaye de lui montrer que c’est le contraire. Tout le monde a un talent ou des capacités dont il peut être fier.
En travaillant à Waldorf, je donne tout : ça implique de l’énergie et de donner de soi-même. C’est une grande joie de voir des enfants absorber des connaissances, s’ouvrir aux autres, et peu à peu croire en eux-mêmes. Notre école enseigne la tolérance et les élèves y sont créatifs.

Cela signifie de travailler dans la continuité avec les parents. Comment vous entendez-vous ? Est-ce qu’on attend d’eux qu’ils s’impliquent dans les activités scolaires ?

Lorsque les parents amènent leurs enfant dans cette école, ils nous confient leur plus grands trésors. Nous le savons et nous le respectons. Collaborer avec les parents est un aspect primordial. Un enfant à la maison et un enfant à l’école sont deux êtres très différents. S’il n’y a pas de cohésion entre les deux dans l’attitude et dans l’éducation, il est difficile de soutenir l’enfant. C’est pour cela que nous parlons d’abord aux parents, que nous leur expliquons qui nous sommes, quelle pédagogie et quels principes nous suivons. Nous discutons de l’alimentation, des médias, du sommeil. Nous organisons souvent des lectures et des rencontres afin qu’ils apprennent autant qu’ils le peuvent la pédagogie et le développement de l’enfant. Les parents nous aident à organiser les vacances, les rénovations et les activités scolaires. Les enfants, en voyant leur engagement, se mettent à considérer l’école comme une seconde maison. Voir cette continuité permet aux enfants de savoir qu’ils sont dans un environnement sûr, et qu’ils peuvent s’y développer.

Tu as mentionné que ton travail demande beaucoup d’énergie. Comment récupères-tu ?

Je promène mon chien, je vais prendre le café avec ma soeur. Je prie, je chante, je peins, et j’apprécie beaucoup le fait de dormir. J’aime discuter avec les gens. J’ai deux activités préférées : parler, et vagabonder. Etre une interlocutrice est ma raison d’être dans la société. J’aime les gens. J’aime aussi divaguer seule, au sens propre comme au figuré. J’aime les prairies, la peinture, lire des bouquins épais, ou simplement méditer.

Et être en compagnie de femmes ? Quelle importance a pour toi ce qu’on appelle « l’énergie féminine » ? Y’a-t-il des femmes qui te supportent, sur qui tu peux toujours compter ?

J’avais dix-huit ans quand j’ai rencontré une française qui m’a montré ce que signifier se connecter à l’énergie féminine. Grâce à elle, j’ai appris la valeur d’une discussion, de faire de l’herboristerie, de marcher, de passer du temps ensemble, silencieusement, ou de cuisiner. Cette expérience a changé le cours de ma vie. Puis j’ai rencontré Maga, mère-amazone, artiste  de la vie, mon ange-gardien, avec une morale à toute épreuve et un coeur énorme. Un simple coup de téléphone de sa part est suffisant pour que le monde retrouve de ses couleurs.
Je retiens aussi cette femme que j’ai rencontrée en Inde, qui m’avait ordonné de rentrer chez moi pour m’occuper de mes enfants sans considérer mon intrépidité pour les aventures mystiques. Et finalement ma soeur chérie qui m’accompagne tranquillement dans la vie, qui me réveille tous les matins, qui me fait garder les pieds sur terre, qui me guide parfois… Il y a eu des impulsions qui m’ont construite. Maintenant que je donne des cours, je rencontre des jeunes filles et à travers mon attitude je les guide vers le monde féminin. Je fais attention à la valeur de passer du temps avec des femmes, parce qu’elles apportent un support et une grande sagesse. J’espère que j’aide ces jeunes filles dans leur voyage à travers la vie.

 

« Accepter ce que donne la vie. Je ne me bats pas, même si je me rebelle parfois. »

 

Tu donnes l’impression d’être une personne accomplie et heureuse. Qu’est-ce que le bonheur pour toi ?

Accepter ce que donne la vie. Je ne me bats pas, même si je me rebelle parfois. Je vais me promener dans la nature et elle me rappelle que tout passe vite, que tout est temporaire, et qu’il ne dépend que de vous de choisir la façon de faire face à la vie. Oui, je pense que je suis satisfaite.

Propos recueillis par Ewa Rogala

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